La Maison est noire, de Forough Farrokhzad

janvier 13, 2009 at 7:00 (Cinéma, Une image, un film) (, , , )

Regarder pour ne pas ignorer

Regarder pour ne pas ignorer

Dès les premiers plans, il y a une force implacable et terrible qui ne nous quittera pas. Des images, presque des visions (certaines images sont comme des flashs), qui marquent durablement la rétine. Pour ce film de commande, Forough Farrokhzad a filmé une léproserie afin d’y montrer la laideur, “qu’il serait injuste d’ignorer“, nous dit le texte qui ouvre le film. Ce court métrage de 22 minutes est une leçon de montage qui, derrière une apparente linéarité (on nous montre les divers lieux, les diverses activités à l’intérieur de la léproserie), révèle surtout une stagnation, à l’image de cet homme qui tente de combattre la maladie en pédalant sur une machine fixée au sol.

Le montage décrit aussi l’immense solitude des lépreux. Elle n’est pas seulement symbolisée par ce magnifique plan où les lépreux ferment les portes, laissant la caméra (et donc le spectateur) à l’extérieur. La solitude, c’est aussi celle de chacun des lépreux face à la maladie, que le montage souligne admirablement en cumulant les cadres où chaque individu semble y être prisonnier. Le montage, c’est aussi la voix-off qui récite des textes de l’Ancien Testament. Difficile d’en définir le caractère qui semble aussi bien trouver de la beauté dans cette léproserie (la jeune femme qui se maquille) que de souligner l’offense et l’ironie de ces écrits face à l’injustice dont sont victimes les lépreux.

Le film se conclut sur une scène de classe inoubliable, où on peut lire sur le visage du professeur toute la détresse, l’impuissance face aux réponses de ses élèves. La réalisatrice y capte aussi un moment du réel qui, comme le maître d’école, laisse sans voix. La maison est noire a la puissance et la frontalité de Las Hurdes de Buñuel. Incroyable de se dire que ce film est un premier film tant il fait preuve d’une maîtrise époustouflante (ce montage !). Une œuvre unique, d’une grâce inouïe qui vient s’ouvrir au monde pour y trouver de la beauté, dans un lieu que l’on voudrait habituellement nous cacher.

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Vertigo, d’Alfred Hitchcock

novembre 17, 2008 at 7:00 (Une image, un film) (, , , , , )

Gene Kelly et James Stewart, couple maudit

Kim Novak et James Stewart, couple maudit

Tout ce que le cinéma peut offrir est condensé dans ce film. Vertigo est le long métrage le plus personnel d’Alfred Hitchcock (il y a mis toutes ses obsessions) mais il ne se résume pas qu’à une analyse du réalisateur, il invite le spectateur à s’analyser lui-même à travers des thèmes incroyablement forts. Vertigo est une oeuvre magistrale, sans doute unique au monde, où Hitchcock se livre totalement derrière une histoire d’amour passionnante et déchirante. Pour reprendre les mots de Jacques Lourcelles à propos du film : “Jamais dans aucun film le cinéma n’a été autant fabrication et confession, spectacle et intimité.

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Cinq Pièces Faciles, de Bob Rafelson

novembre 4, 2008 at 7:00 (Une image, un film) (, , , , )

Jack Nicholson improvise un solo de piano en pleine circulation

Jack Nicholson improvise un solo de piano en pleine circulation

C’était l’un des films que je voulais voir depuis très longtemps. Et comme je le pressentais, il est taillé pour moi. Aussi méprisable qu’il puisse être, je me sens incroyablement proche de ce personnage, de son mal-être. Un personnage qui n’est finalement à sa place nulle part. Toujours en conflit permanent, avec lui, avec les autres.

Reprenant beaucoup d’éléments du road-movie, tout en empruntant d’autres pistes, Five Easy Pieces, à travers le parcours de son anti-héros, dresse le portait d’une Amérique malade et qui se cherche à l’aube des années 70.

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